samedi 15 décembre 2007

Saboter la stupidité

"Eille ti-gars, pas icitte!" Je l'ai souvent entendue, cette expression, sur les pentes laurentiennes sur lesquelles j'ai appris à pratiquer ce si beau sport qu'est la planche à neige. En 1991, ma première année de planche, il n'était pas rare de se faire refuser l'accès à certaines pistes ou carrément à tout le domaine "skiable". Cette ségrégation (je n'aime pas ce mot évocateur, mais dans ce cas ci, je n'en trouve pas de meilleur) était toujours justifiée par toutes sortes d'excuses boiteuses. "Les snowboards, ça endommage les pistes", "les snowboarders sont dangereux et ne respectent pas les autres", "les planchistes sont tous des saouls ou gelés" ou encore, ma préférée, "le snowboard, c'est une mode, un fad qui ne durera pas six mois"; si on m'avais donné 10 cennes à chaque fois que j'entendais ces excuses au cours des 20 dernières années, je serais un homme riche aujourd'hui. Heureusement, le bon sens a prévalu et aujourd'hui, rares sont les centres interdisant la pratique de la planche à neige sur leur territoire.
Rares, mais pas complètement disparus. En Amérique du Nord, ces bastions du ski alpin se comptent sur les doigts d'une seule main. Même les plus irréductibles de ces stations finissent par se plier aux demandes de leur clientèle (surtout leur lucrative clientèle familiale, qui décide d'aller ailleurs si un des membres se met à pratiquer la planche). C'est pourquoi la nouvelle campagne marketing de la compagnie Burton, "Sabotage Stupidity", me plait bien. Le concept est simple: achetez-vous un billet de remontée dans une des stations irréductibles nommées sur le site de Burton, faites une descente en planche et filmez votre exploit de la façon la plus originale possible pour le bénéfice de tous (et un peu d'argent...). Le président de cette compagnie, Jake Burton, est un des pionniers du sport et il a grandement contribué à la reconnaissance sociale et économique de celui-ci. Un des acteurs importants de l'économie de l'état du Vermont, Burton est depuis longtemps un critique de la dernière station de l'est de l'Amérique du Nord interdisant toujours le snowboard, Mad River Glen. Même si des abus sont à prévoir et pourraient renforcer les préjugés négatifs des dirigeants de ces stations irréductibles, j'ose croire que la majorité des planchistes qui répondront à l'appel de Burton le feront en respectant les règlements et la sécurité des autres.
J'ai donc bien hâte de voir les vidéos qui seront retenus parmi tous ceux envoyés à la compagnie par les planchistes de partout. Et qui sait, si jamais je me trouve dans les Green Mountains du Vermont avec une caméra vidéo...

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